{"id":7308,"date":"2026-05-20T14:17:41","date_gmt":"2026-05-20T12:17:41","guid":{"rendered":"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/?p=7308"},"modified":"2026-05-20T14:18:29","modified_gmt":"2026-05-20T12:18:29","slug":"maurine-mercier-une-voix-au-coeur-de-la-guerre-en-ukraine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/2026\/05\/20\/maurine-mercier-une-voix-au-coeur-de-la-guerre-en-ukraine\/","title":{"rendered":"Maurine Mercier, une voix au c\u0153ur de la guerre en Ukraine"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"680\" height=\"511\" src=\"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7309\" style=\"width:837px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-1.jpeg 680w, https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-1-300x225.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">Maurine Mercier, Prix Albert Londres 2025<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong><em>\u00ab \u00c0 Kyiv, chaque seconde est arrach\u00e9e \u00e0 la mort. \u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il est encore t\u00f4t \u00e0 Kyiv, mais les sir\u00e8nes ont d\u00e9j\u00e0 hurl\u00e9 plusieurs fois. Dans une rue couverte de neige sale, des habitants se pressent vers le m\u00e9tro, pendant que les pompiers fouillent un immeuble \u00e9ventr\u00e9 par une frappe nocturne. Au milieu de ce chaos contr\u00f4l\u00e9, une silhouette avance, micro \u00e0 la main, casque sur les oreilles : Maurine Mercier, journaliste pour la Radio T\u00e9l\u00e9vision Suisse (RTS), la RTBF et Radio France. Elle enregistre des voix tremblantes, des silences, des respirations coup\u00e9es, pour les transformer en reportages et en messages audio que nous entendons, bien au chaud, \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2022, cette reporter suisse et canadienne a fait de Kyiv sa base pour raconter la guerre en Ukraine au plus pr\u00e8s de ceux qui la vivent. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 des d\u00e9bats d\u2019experts en plateau, son travail cherche \u00e0 redonner un visage humain \u00e0 un conflit qui, \u00e0 distance, finit par se r\u00e9duire \u00e0 des cartes et des chiffres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui est Maurine Mercier ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e en 1981 \u00e0 Lausanne, Maurine Mercier poss\u00e8de la double nationalit\u00e9 suisse et canadienne. Elle travaille pour plusieurs grands m\u00e9dias francophones : la RTS, la radio publique suisse, mais aussi Radio France et la RTBF, la radio-t\u00e9l\u00e9vision belge. Avant de s\u2019installer en Ukraine, elle a d\u00e9j\u00e0 couvert d\u2019autres terrains de guerre et de crise, notamment la Libye, la chute de l\u2019\u00c9tat islamique \u00e0 Syrte, les combats autour de Tripoli et les sauvetages de migrants en M\u00e9diterran\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 2022, lorsque la Russie lance son offensive massive contre l\u2019Ukraine, elle devient correspondante permanente \u00e0 Kyiv. Elle suit alors, sur le long terme, l\u2019\u00e9volution du conflit, mais surtout la mani\u00e8re dont la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne tente de continuer \u00e0 vivre. Son travail est largement reconnu : elle a re\u00e7u plusieurs prix internationaux, dont, \u00e0 trois reprises, le prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, la derni\u00e8re fois en octobre 2025 pour son reportage radio <strong><em>\u00ab Deux fleurs dans les ruines de Pokrovsk \u00bb<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la g\u00e9opolitique \u2026 au quotidien des Ukrainiens&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup de correspondants de guerre, Maurine Mercier r\u00e9alise des analyses g\u00e9opolitiques, suit les lignes de front et explique les strat\u00e9gies militaires. Mais pour elle, ce n\u2019est pas suffisant : dans un long entretien accord\u00e9 \u00e0 la revue <em>L\u2019\u00c9l\u00e9phant<\/em>, elle explique avoir voulu cr\u00e9er, avec son podcast <strong><em>Carnets d\u2019Ukraine<\/em><\/strong>, un autre espace, centr\u00e9 sur <em>\u00ab la vie, le quotidien, l\u2019intime \u00bb<\/em>. Elle rappelle que derri\u00e8re chaque offensive, <em>\u00ab ce sont des \u00eatres humains qui sont frapp\u00e9s \u00bb<\/em>, et que plus une guerre dure, plus elle devient abstraite dans les m\u00e9dias.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est l\u00e0 que son travail se distingue. <\/em>Sur les cha\u00eenes d\u2019info, la guerre est souvent racont\u00e9e depuis des studios, par des experts install\u00e9s \u00e0 Paris, loin du terrain. Elle, au contraire, veut combler ce d\u00e9calage : apr\u00e8s un bombardement, elle voit les fouilles des d\u00e9combres, les familles qui attendent, puis la prise de conscience que l\u2019espoir s\u2019amenuise. Ses reportages ne se limitent donc pas \u00e0 \u00ab l\u2019actu pour l\u2019actu \u00bb ; ils plongent dans les vies ordinaires boulevers\u00e9es par la guerre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Carnets d\u2019Ukraine \u00bb <\/em>: la guerre en messages vocaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En f\u00e9vrier 2024, Maurine Mercier lance <strong><em>Carnets d\u2019Ukraine<\/em><\/strong>, un podcast produit par la RTS. Le principe est simple : des messages audio, souvent courts, envoy\u00e9s depuis Kyiv ou d\u2019autres villes ukrainiennes, qui racontent des moments de vie que les reportages classiques ne captent pas. Dans ces \u00e9pisodes, elle partage des sc\u00e8nes tr\u00e8s concr\u00e8tes : des femmes qui attendent un \u00e9change de prisonniers, des enfants qui descendent \u00e0 chaque alerte dans les abris de leurs \u00e9coles, des concerts interrompus par les sir\u00e8nes avant de reprendre dans une salle de m\u00e9tro.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle insiste sur la force de l\u2019audio, qui cr\u00e9e une proximit\u00e9 particuli\u00e8re avec les personnes interrog\u00e9es. La radio permet une forme d\u2019intimit\u00e9 : pas de cam\u00e9ra braqu\u00e9e sur le visage, seulement une voix qui se confie. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette confiance qu\u2019elle a pu, par exemple, r\u00e9aliser le reportage <em>\u00ab Deux fleurs dans les ruines de Pokrovsk \u00bb<\/em>, o\u00f9 deux femmes racontent la renaissance de leur d\u00e9sir et de leur libert\u00e9 dans une ville d\u00e9truite par la guerre. Ce r\u00e9cit, qui a re\u00e7u le prix Bayeux, est \u00e0 la fois un hymne f\u00e9ministe, un hymne \u00e0 la vie et un rappel brutal de la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019existence en temps de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>S\u2019immerger pour mieux raconter&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour choisir les histoires qu\u2019elle va raconter, Maurine Mercier mise sur l\u2019immersion. Elle explique qu\u2019elle veut <em>\u00ab prendre la r\u00e9alit\u00e9 en pleine figure \u00bb <\/em>avant de la transmettre aux auditeurs. Concr\u00e8tement, cela signifie passer du temps sur place, retourner voir les m\u00eames personnes, partager un repas avec elles, les retrouver plusieurs mois plus tard pour voir comment leur vie a chang\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette immersion permet aussi de saisir des nuances que l\u2019on ne voit pas depuis l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c0 Kherson, par exemple, elle raconte les enfants clo\u00eetr\u00e9s chez eux, qui ne peuvent plus aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole faute d\u2019abris suffisants, et la solitude qui marque toute une g\u00e9n\u00e9ration pass\u00e9e de la pand\u00e9mie \u00e0 la guerre. \u00c0 Kyiv, elle se souvient d\u2019un concert d\u2019un groupe de rock de Kharkiv : au milieu de la musique et des rires, une alerte retentit, la salle est \u00e9vacu\u00e9e vers le m\u00e9tro, puis le concert reprend apr\u00e8s la fin du danger. Pour elle, ces sc\u00e8nes montrent que les Ukrainiens tentent de <em>\u00ab revendiquer leur capacit\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer \u00bb<\/em>, m\u00eame au c\u0153ur du conflit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Entre risques, \u00e9thique et fatigue de la guerre&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre reporter de guerre en Ukraine, c\u2019est accepter de vivre avec un danger permanent. Les missiles et les drones peuvent tomber n\u2019importe o\u00f9, \u00e0 n\u2019importe quel moment, et les d\u00e9placements vers le front ou les villes bombard\u00e9es demandent une pr\u00e9paration minutieuse. Mais il existe aussi des risques moins visibles : le traumatisme, la fatigue psychologique, la difficult\u00e9 \u00e0 se couper de l\u2019actualit\u00e9, m\u00eame lors des rares retours en Suisse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Maurine Mercier se pose aussi des questions \u00e9thiques, qu\u2019elle partage dans ses interviews. Par exemple, elle a longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 proposer son reportage sur la sexualit\u00e9 en temps de guerre \u00e0 un prix, se demandant s\u2019il \u00e9tait \u00ab d\u00e9cent \u00bb. Elle en est arriv\u00e9e \u00e0 la conclusion inverse : si les journalistes ne racontent \u00ab que la mort \u00bb, ils font <em>\u00ab mourir ces gens une seconde fois \u00bb<\/em>, en effa\u00e7ant leur d\u00e9sir de vivre, d\u2019aimer, de danser. Cette r\u00e9flexion montre que, pour elle, le m\u00e9tier de reporter ne consiste pas seulement \u00e0 documenter la violence, mais aussi \u00e0 prot\u00e9ger la dignit\u00e9 des personnes et \u00e0 montrer leurs gestes de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"960\" src=\"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7310\" style=\"width:392px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-2.jpeg 960w, https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-2-300x300.jpeg 300w, https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-2-150x150.jpeg 150w, https:\/\/mediascol.ac-clermont.fr\/lycee-simone-weil-le-puy-en-velay\/wp-content\/uploads\/sites\/67\/2026\/05\/image-2-510x510.jpeg 510w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Lucile SALASCA<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maurine Mercier, Prix Albert Londres 2025 \u00ab \u00c0 Kyiv, chaque seconde est arrach\u00e9e \u00e0 la mort. \u00bb&nbsp; Il est encore t\u00f4t \u00e0 Kyiv, mais les sir\u00e8nes ont d\u00e9j\u00e0 hurl\u00e9 plusieurs fois. 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