La Machine de Turing : entre science, société et mémoire

Vous êtes-vous déjà demandé si une machine pouvait penser ?

Du 13 au 15 novembre, les Premières et Terminales du lycée Simone Weil ont pu, lors d’un séjour à Lyon, découvrir les richesses culturelles de la ville. Au programme : visites de musées (les Beaux-Arts et Confluences, avec une exposition éphèmère sur les zombis), conférences sur la liberté d’expression, ateliers d’éloquence (pour les Premières) et de slam accompagné par Julien Liard (pour les Terminales), les poussant à jouer avec les mots, leurs sonorités et leurs sens – un exercice loin d’être évident ! Enfin, une soirée théâtre et une rencontre avec l’écrivaine Camille Froidevaux-Metterie sur son ouvrage Être féministe, pour quoi faire ?. Un séjour riche culturellement, au rythme d’un programme chargé.

Les machines peuvent-elles penser ? – Alan Turing

Cette question ne vous laisse certainement pas indifférent, car nous avons tous notre petite idée sur l’intelligence artificielle par exemple. Va-t-elle nous remplacer ? Ou, à l’inverse, peut-elle nous aider ? Vous pourriez trouver une possible réponse à cette question dans la pièce de Benoit Solès, La Machine de Turing. C’est notamment lors de la soirée théâtre que les élèves ont pu découvrir la pièce retraçant la vie d’Alan Turing, au théâtre Comédie Odéon dans le centre de Lyon.

Une pièce entre science et humanité

La pièce, récompensée de quatre Molières, dépeint la vie d’un génie scientifique, fondateur de l’informatique et de cette fameuse intelligence artificielle. Si l’intelligence artificielle vous effraie, vous savez alors à qui en vouloir … Alan Turing était convaincu que les machines pouvaient penser, ou du moins, imiter la pensée humaine. Il y attache un lien particulier ; la machine ayant servi à décoder Enigma porte le nom de son amour de toujours, Christopher. En ce qui concerne Enigma, une machine décisive stratégiquement durant la Seconde Guerre mondiale, son décodage est une prouesse autant impressionnante que complexe ; pour que le comprendre, il faudra aller voir la pièce …

Celle-ci est donc un voyage dans lequel nous découvrons Alan Turing, un voyage à travers sa vie, rempli de sons et de lumière. Benoit Solès a fait le choix de mettre sur pause la pièce pour permettre à Alan d’exprimer ses pensées, pendant que le monde et les personnages autour de lui se figent. Face à nous, le comédien Yohann Guenin a choisi de se glisser dans la peau du personnage principal le temps de quelques soirées. Nous partageons alors ses pensées les plus intimes, et nous voyons apparaître un homme fragile, maladroit et profondément humain. Face à lui, Cédric Moulier joue l’amant, l’inspecteur et l’ami d’enfance. L’amour, l’autorité et le souvenir ponctuent la vie d’Alan, l’homme tiraillé entre son amour pour Christopher, mort très jeune, et la conformité, bien que toujours rejetée, à une société qui refuse de le comprendre.

Tout au long de la pièce, nous faisons face à ce désaccord entre le génie oublié intentionnellement, et la condamnation intime de son identité. La pièce adopte l’humour pour traiter des sujets forts comme l’homosexualité. Elle nous pousse à remettre en question les codes d’une société arriérée, qui l’est encore à beaucoup d’endroits du globe.

C’est une pièce actuelle qui rend hommage à Alan Turing, et qui nous expose la nécessité, voir même le devoir de mémoire, de ne pas laisser disparaître des figures dont l’histoire a trop longtemps minimisé leurs rôles.

Emilie NOZI