Syrie : survivre et témoigner

Bâtiments détruits en Syrie, à Raqqa en 2017

Depuis plus d’une décennie, la Syrie vit au rythme des conflits, entre dictature et terrorisme, bouleversant la vie de millions de civils. Derrière les images des villes en ruines et des combats médiatisés se cachent des histoires humaines, des familles brisées et des enfants dont l’enfance a été volée. Dans cet article, nous nous pencherons sur le quotidien des habitants de Raqqa, ancien bastion de l’État Islamique.

Raqqa : survivre et se reconstruire après l’État Islamique

Raqqa, ville du nord-est de la Syrie, est devenue en 2014 la capitale autoproclamée de l’État Islamique. À cette époque, la Syrie était déjà fragilisée par des années de conflit et la dictature de Bachar Al-Assad. L’arrivée de l’État Islamique a plongé les habitants dans la peur, la violence et des restrictions quotidiennes qui ont touchées toutes les communautés civiles.

« La première fois que j’ai vu la police religieuse de l’État Islamique patrouiller dans la rue, ils tiraient sur une femme qui ramenait sa fille sur le trottoir … » – The Gardian, The Raqqa’s Diaries

Ces images donnent une idée de ce que vivent au quotidien les habitants de Raqqa durant cette période. Entre peur permanente et restrictions imposées par l’État Islamique.

Vue sur les fortifications de la ville de Raqqa en Syrie, 2015, Odilla, CC BY-SA 3.0

Vie quotidienne

Les habitants devaient se plier aux règles imposées par les militants, parfois sous peine de violences immédiates. Comme le rapporte le même témoignage :

« Ils profitaient de notre confusion et de notre ignorance pour convaincre les gens de rejoindre leur rangs. Au début, ils les charmaient avec un ton doux, leur promettant le monde. »

Des vidéos de la BBC illustrent également ces conditions de vie, montrant la peur omniprésente et les restrictions imposées à chaque pas. La population civile devait faire preuve de stratégie et de prudence pour survivre au quotidien.

Le « stade noir »

Parmi les lieux les plus symboliques de cette terreur figure le stade de Raqqa, rejoindre leurs rangs. Au début ils les charmaient avec un ton doux, leur promettant le monde, aujourd’hui appelé le “stade noir”. Transformé en prison par l’État Islamique, il a accueilli des dizaines de milliers de détenus.
Des anciens prisonniers témoignes de conditions inhumaines : cellules d’isolement de seulement deux à trois mètres carrés, mains attachées en l’air, privation de nourriture et torture systématique.

« Si ce n’était pas pour filmer et informer les gens, jamais je n’aurais remis les pieds dans ce stade. » – a témoigné un survivant lors d’un reportage, effectué sur place, par le reporter Charles Villas pour le média Brut s’intitulant « J’ai pénétré dans la prison de Daech en Syrie ».

Aujourd’hui, le « stade noir » sert à nouveau à des activités sportives pour les enfants, mais certaines traces du passé demeurent : douches transformés en cellules, matériel de torture et traces de sang témoignent encore de l’horreur qui s’y est déroulée.

Les enfants sous l’endoctrinement de l’État Islamique

Les enfants n’étaient pas épargnés. NBC News rapporte que de jeunes garçons ont été entraînés pour devenir kamikazes :

« Ils utilisent des poupées pour leur apprendre à décapiter les gens, puis ils les obligent à assister à une décapitation et parfois ils les forcent à porter les têtes pour chasser la peur de leur coeur. »

D’autres jeunes participaient aux exercices de combat, tenaient des points de contrôle ou étaient endoctriné à réciter le Coran tout en apprenant à manier des armes lourdes. L’État Islamique préparait ainsi une génération de militants prêts à continuer la lutte, utilisant la peur et l’endoctrinement comme stratégie.

La vie après Daesh : programmes de réhabilitation

Depuis la libération de Raqqa par les forces démocratiques syriennes le 20 octobre 2017, la ville tente de se reconstruire. La France via son ministère des affaires étrangères, a soutenu le processus de stabilisation avec 10 millions d’euros : aide humanitaire, accès à l’eau, soins de santé et déminage. L’UNICEF rapporte des initiatives pour les enfants, comme le programme d’auto-apprentissage à Qamishli, qui permet aux enfants non scolarisés de prendre le chemin de l’éducation. Ces initiatives visent à redonner espoir à la population et à reconstruire la vie civile après des années de terreur.

Pour mieux comprendre les conséquences humaines des conflits et des violences que subissent les habitants de Raqqa, certains journalistes ont choisi de suivre la Syrie sur le long terme. Parmi eux, la grande reporter Sofia Amara documente depuis plus de dix ans les histoires des victimes et les transformations du pays. Nous vous invitons à lire l’article consacré à son travail intitulé « Sofia Amara : sur le terrain de la guerre à la paix« , déjà publié sur le site des Informés de Simone Weil.

Sara BOUNI