Article issu du dossier : Écrans et santé mentale des jeunes – Internet Sans Crainte

Le rapport de l’ANSES rappelle que :
- près de 90% des 12-17 ans utilisent quotidiennement un smartphone, dont une majorité (58%) pour accéder aux réseaux sociaux numériques ;
- en moyenne, 42% d’entre eux y passent entre 2 et 5 heures par jour.
Le rapport souligne que cet usage intensif des réseaux sociaux, notamment dans une période de construction comme l’adolescence, peut s’accompagner de difficultés de sommeil, d’inquiétudes vis-à-vis de son image corporelle, des cyberviolences et cyberharcèlement. Selon l’ANSES, les filles sont particulièrement vulnérables aux impacts négatifs des réseaux sociaux, car elles utilisent davantage ces plateformes.
Surexposition aux écrans: quelles peuvent être les conséquences sur la santé mentale ?
Passer du temps en ligne fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des jeunes, mais lorsque l’équilibre se rompt, certains effets peuvent se faire sentir sur leur bien-être. Les experts parlent parfois de “technoférence”, c’est-à-dire une interférence du numérique dans la vie de tous les jours.
Parmi les effets les plus observés, on retrouve les troubles du sommeil. L’usage prolongé des réseaux sociaux peut repousser l’heure du coucher et raccourcir la durée totale du sommeil. En cause : la stimulation émotionnelle continue (notifications, discussions, flux d’images) et la lumière bleue émise par les écrans, qui dérègle la production de mélatonine, une hormone indispensable à l’endormissement. Ce décalage altère les rythmes circadiens et conduit souvent à un sommeil moins réparateur, avec des répercussions sur la forme physique, la concentration et la santé mentale.
Les études montrent aussi un lien entre le temps passé sur les réseaux sociaux et les résultats scolaires plus fragiles, même si cette relation reste faible. C’est surtout la mauvaise qualité du sommeil qui semble jouer un rôle clé dans cette relation, ainsi que le multitâche numérique : en effet, consulter ses messages ou scroller pendant les devoirs réduit la capacité d’attention et la mémorisation. Le manque de sommeil qui en découle peut accentuer l’anxiété, l’irritabilité et les difficultés d’apprentissage, impactant la confiance et la motivation des jeunes.
Réseaux sociaux : comprendre pour mieux se défendre
Alors, que faire dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place si centrale dans la vie de nos ados? Comment aider les jeunes à reprendre le pouvoir ? Mieux comprendre leur fonctionnement est une étape clé pour les aider à maîtriser leurs usages du numérique.
Beaucoup de plateformes reposent sur ce que l’on appelle l’économie de l’attention : plus un contenu retient l’utilisateur, plus il est mis en avant. Concrètement, les vidéos les plus choquantes, provocatrices ou émotionnellement fortes sont souvent celles qui “marchent” le mieux et que les algorithmes vont recommander en priorité. Le travail de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs montre que son algorithme tend à pousser des contenus de plus en plus extrêmes et polarisants pour maximiser le temps passé en ligne, en particulier chez les plus jeunes.
Cette logique favorise aussi la banalisation de contenus violents ou discriminants, notamment racistes, antisémites, sexistes ou masculinistes, qui circulent largement sur certaines plateformes et peuvent être vus très tôt par les adolescents.
Le paradoxe c’est que, sur les réseaux sociaux, la désinformation concernant la santé mentale est également très présente : près de la moitié des contenus sur la santé mentale consommés par les jeunes provient d’influenceurs, qui captent l’essentiel de l’audience, mais véhiculent parfois des messages simplistes ou trompeurs. Cela peut encourager l’auto-diagnostic, l’isolement ou le recours à l’intelligence artificielle plutôt qu’à des professionnels, à des adultes de confiance ou à des ressources fiables.
Peut-on devenir addicts aux écrans ?
Parler d’addiction aux écrans est tentant, mais la réalité scientifique est plus nuancée. Pour l’instant, il manque encore du recul et des études suffisamment robustes pour établir clairement qu’il existe une « addiction aux écrans » au même titre que pour l’alcool ou certaines drogues. Les usages problématiques existent, mais les chercheurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’un phénomène complexe, qui dépend à la fois de la personne, de son contexte de vie et du type de contenus ou de plateformes utilisés.
Selon le neuropsychologue Albert Moukheiber, idée de la « dépendance à la dopamine » vision apporte une réponse trop simple à un problème beaucoup plus large. Elle tend aussi à faire porter la responsabilité uniquement sur l’individu et « sa dopamine », en oubliant la source structurelle du problème : des plateformes conçues pour capter l’attention et des algorithmes insuffisamment régulés.
Les spécialistes préfèrent parler de processus addictifs liés à certains usages plutôt qu’aux écrans en eux-mêmes. Les écrans sont les vecteurs de ces processus : ce n’est pas le smartphone en tant qu’objet qui crée l’addiction, mais un usage excessif ou compulsif d’une application particulière, qu’il s’agisse de réseaux sociaux ou de jeux en ligne, souvent centrés sur les interactions avec les autres.
Le cercle qu’il faut imaginer est le suivant : les écrans (ordinateur, smartphone ou tablette) permettent aux jeunes d’échanger via des plateformes comme les réseaux sociaux, les messageries des jeux vidéo, etc. Ce besoin d’appartenance, de validation, et d’expression de soi est fondamental pour les jeunes. Comprendre cette chaîne permet d’éviter de diaboliser l’objet “écran” et d’ouvrir plutôt le dialogue sur les besoins des jeunes et la manière d’y répondre de façon plus équilibrée, en ligne et hors ligne.
