Dachau : un théâtre d’horreurs devenu un lieu de mémoire et d’apprentissage ?

Dachau est le tout premier camp de concentration nazi. En 1933, il est construit à quelques kilomètres de Munich, au Sud de l’Allemagne. Lieu de détention et de terreur pendant douze ans, comptant 200 000 prisonniers dont 41 500 morts, il marqua l’histoire tragique de la répression nazie.

UN LIEU CHARGÉ D’HISTOIRE

Le 20 mars 1933, Heinrich Himmler ordonna la construction d’un camp de concentration à proximité de Dachau, dans la banlieue de Munich. Y sont d’abord détenus les opposants politiques au nouveau régime, puis par la suite des Juifs, des homosexuels et Tsiganes de toutes nationalités. 

“C’était un beau camp, […] un beau camp pour lequel les nazis avaient prévu un long avenir. L’avenir de ses détenus lui, était strictement limité”

FranceInfo INA

Après avoir été déportés puis internés, beaucoup d’entre eux subissaient toutes sortes d’atrocités telles que la torture et les expérimentations médicales ou encore le travail forcé. En effet, deux usines souterraines furent bâties à l’abri des bombardements de juin 1944 à avril 1945. 30 000 prisonniers y furent réduits en esclavage et ainsi promis à une mort certaine. Une zone de fours crématoires fut construite en 1942 près du camp principal pour se débarrasser des corps. Elle comprenait l’ancien four crématoire et le nouveau (Baraquement X) auquel était adjointe une chambre à gaz dont il n’existe aucune preuve formelle qu’elle ait été utilisée.

Le commandant du camp de Dachau, Theodor Eicke, instaure en octobre 1933 une charte de camp qui prévoit un ensemble de punitions brutales pour les détenus et des directives pour les SS (Schutzstaffel) du camp. Nommé par la suite «inspecteur des camps de concentration», il applique le «modèle de Dachau» élaboré par ses soins, à tous les autres camps de concentration.

Au fil de la Seconde Guerre mondiale et au gré de l’extension des zones d’occupation les opposants ayant refusé la collaboration furent aussi les cibles des nazis. C’est ainsi que de nombreux membres de la Résistance furent déportés à Dachau. Plus de 200 000 prisonniers originaires de plus de 40 nations furent internés dans le camp de Dachau et ses camps extérieurs ; 41 500 personnes au moins y moururent de faim, de maladies, de torture, des suites de leur déportation ou y furent assassinées.

UN CAMP ANCRÉ DANS LES MÉMOIRES

Photographie des détenus qui saluent leurs libérateurs

Le 29 avril 1945, des unités de l’US Army libèrent le camp. Le jour-même, les survivants fondent le Comité International du camp de Dachau (CID). Pour des milliers de détenus, la libération arrive trop tard – ils meurent d’épuisement, de maladies et des suites de leur déportation. Après la libération, le camp passa par différents statuts avant d’être sauvegardé en tant que mémorial. En effet, le commandement militaire américain transforma d’abord l’ancien camp des détenus en un camp pour personnes déplacées. Puis à partir de juillet 1945 y fut érigé un camp d’internement pour criminels nazis et enfin en 1948, le gouvernement de l’État de Bavière y installa un camp de réfugiés. Grâce à l’initiative des survivants (CID), l’ancien camp a pu être transformé en un lieu de mémoire et de souvenir. En mai 1965, le mémorial du camp de Dachau fut inauguré avec une première exposition documentaire. Par la suite, le lieu est conservé au mieux, dans la mesure où la plupart des bâtiments ont été modifié par leurs utilisations diverses après 1945. Deux répliques des baraques originales sont alors construites afin de retrouver une certaine authenticité.

le Monument commémoratif international (par le sculpteur Yougoslave Nandor Glid 1968, à la demande des membres du CID) 

Le site est donc habituellement ouvert aux visiteurs toute l’année, bien que fermé actuellement en raison de la crise sanitaire. De plus, on commémore régulièrement la libération du camp comme en 2015 lors du 70ème anniversaire, avec la présence de la chancelière allemande, Angela Merkel, accompagnée 130 anciens déportés. En plus de ces lieux de mémoire locaux, d’anciens déportés perpétuent leur histoire à l’internationale. En effet après être retourné dans leur pays ceux-ci témoignent des horreurs qu’ils ont subit, afin de ne jamais oublier les crimes commis à Dachau; Comme le dit Marc Boissière, un ancien déporté à propos de ses confrères : “Quand ils partaient à la mort ils nous disaient : “Vivez longtemps, et témoignez pour nous””, ou encore «dans ce monde, il n’y avait pas de place pour leurs tombes, donc le seul endroit pour leurs tombes sera dans nos esprits! » (Olivier Lustig, déporté).

Malheureusement la transmission de la mémoire des camps de concentration nazis connaît une mutation majeure. Les survivants des camps capables de raconter ce qu’ils ont subit sous la terreur SS sont maintenant fort âgés, quand ils sont encore en vie. Bientôt, le sort des déportés ne pourra plus être expliqué par des témoins directs. Beaucoup d’entre eux partagent leur inquiétude face à cette fatalité comme Clément Quentin à la fin de la vidéo de l’AFP ci dessous, ou encore Paul Kerstenne qui s’exprime à ce sujet : “La crainte que nous avons nous les anciens c’est évidemment que l’oubli ne devienne trop important, que la mémoire disparaisse […] ce que nous voulons c’est que les leçons de cette histoire soient retenues.”

Et les leçons apprises de ces évènements ne peuvent qu’aboutir à un engagement qu’a pris toute l’humanité : plus jamais ça.

BIBLIOGRAPHIE

Page Wikipédia du camp : https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_concentration_de_Dachau

Photographies : http://juleslallau.canalblog.com/archives/2014/09/28/30852365.html

Article de Ouest France: la libération du camp : https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-l-enfer-et-l-horreur-en-1945-dachau-le-tout-premier-camp-de-concentration-est-libere-6706759

Site officiel du Camp de Dachau :

https://www.kz-gedenkstaette-dachau.de/fr/