Hong-Kong : un pays, deux systèmes ?

Hong Kong, au Sud-Est de la Chine

Hong-Kong fait face à une crise politique violente depuis plusieurs années, qui fait basculer cette démocratie vers un régime autoritaire, dont une majorité des hongkongais refuse. Cette crise entraîne du coup de multiples manifestations, arrestations, défilés, marches… 

Depuis 1830, Hong-Kong était une colonie britannique, et notamment pendant la période communiste. En 1997, il y a eu la rétrocession promise à la Chine, moment qui a marqué un tournant dans l’histoire de ce territoire. Elle devint alors, une « région et ville administrative spéciale » sous l’influence de la République populaire de Chine, qui s’engagea, auprès des britanniques, à maintenir les systèmes économique et législatif et le mode de vie hongkongais pendant 50 ans…

Comment Hong-Kong est-elle passée d’une démocratie à une dictature et quelle a été la réaction du peuple ?

Hong Kong est donc soumis à un cadre de système politique multipartite (composé de deux partis) d’où l’expression “1 pays, 2 systèmes“. Ce territoire fut donc sous domination britannique depuis 1841 jusqu’à 1997, date de rétrocession de Hong-Kong au profit de la République populaire de Chine. Pendant toute cette période, le territoire a vécu sous l’influence d’un régime démocratique, dont il a gardé la culture et les traces. Le 1er juillet 1997, Hong Kong intègre la République populaire de Chine sous la forme d’une Région Administrative Spéciale (RAS).

Une histoire originale, une situation inédite

La Première ministre britannique Margaret Tatcher et le Premier ministre chinois Zhao Ziyang en train de signer la déclaration sino-britannique

En 1984, se forme un accord, la Déclaration commune sino-britannique, sur la question de Hong Kong : il traite de la restitution de l’ensemble du territoire à la Chine par la couronne britannique. En application de cette déclaration commune, la République populaire de Chine s’engage de son côté à maintenir les systèmes économique, législatif et social, ainsi que le mode de vie hongkongais pendant une période de 50 ans après la rétrocession, c’est-à-dire jusqu’en 2047, afin de réaliser une transition progressive.

Cependant pendant la période britannique, Hong Kong a bien évolué, elle s’est modernisée et a prospéré jusqu’à en devenir le phare capitaliste de l’Asie. Elle est bien différente de son voisin communiste qu’est la Chine populaire, notamment parce qu’elle est une démocratie, mais celle-ci est bien déterminée à récupérer l’intégralité de ce territoire tout en lui imposant son système politico-économique.

Une transition qui semble inéluctable

Pour rappel, une démocratie est un système qui repose sur 4 conditions : le pluralisme politique, la souveraineté du peuple (démocratie directe ou représentative), le respect des libertés fondamentales et la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire).

Or au fil du temps, le système chinois s’est de plus en plus affirmé sur le territoire hongkongais et rapidement, les libertés acquises ont été menacées, mais le peuple hongkongais en colère ne se laisse pas faire. Il n’hésite pas à revendiquer pour ses droits (manifestation de 2003 qui fut la 1ère manifestation massive). En 2012, c’est l’introduction de plusieurs cours d’éducation patriotiques chinois, la principale raison pour laquelle des milliers de parents hongkongais ont manifesté : ils dénoncent une pratique de “brainwashing” (lavage de cerveaux) politique sur leurs enfants

Le 9 juin 2019, un projet de loi sur l’extradition des opposants politiques est imposée par les communistes. Cette loi permettrait à Pékin d’extrader des habitants de Hong Kong en Chine. Cette loi provoque donc une manifestation massive regroupant plus d’un million de personnes. Le 8 juillet de la même année, le gouvernement de Carrie Lam annonce que le projet de loi n’est plus d’actualité, mais les protestations continuent malgré tout.

Un an plus tard, en mai 2020, le gouvernement chinois annonce soumettre au vote de l’Assemblée nationale populaire la Loi sur la sécurité nationale. L’annonce de ce projet de loi a eu pour effet de relancer les manifestations pro-démocratie, mises en pause en raison de la pandémie du Covid-19. Les manifestants craignent que cette loi mène directement à la fin de l’autonomie de Hong Kong sans attendre la date de 2047. Cette loi, qui est entrée en vigueur le 1er juillet 2020, acte la reprise en main par les autorités chinoises de ce territoire qui était jusqu’alors parvenu à conserver une certaine autonomie démocratique. Ce nouveau texte couvre quatre crimes : sécession, subversion, terrorisme et collusion avec une puissance étrangère, tous passibles de prison à vie. L’objectif de cette loi : mettre au pas les militants pro-démocratie ayant protesté lors de manifestations monstres ces dernières années. C’est un recul sans précédent des libertés au sein de l’ancienne colonie britannique.

  En réaction, le Royaume-Uni reproche à la République populaire de Chine de ne pas avoir respecté leur « pacte » et de ne pas avoir attendu la date butoir de 2047, et donc de progressivement supprimer l’autonomie et les libertés du peuple de Hong-Kong. Le gouvernement britannique décide alors de donner à tous les hongkongais qui peuvent prétendre au statut britannique d’outre-mer (BNO British National Overseas), soit 3 millions de personnes, la possibilité de vivre et de travailler, puis par la suite de demander la citoyenneté au Royaume-Uni.

  Depuis le 1er juillet 2022, un nouveau chef de l’exécutif a été nommé, John Lee. Il a pour but de changer radicalement d’approche afin d’éviter que la ville ne sombre encore davantage dans l’opposition à la Chine. « Au regard du bilan de John Lee en termes de répression, il s’agit d’un tournant pour les droits humains à Hong Kong […] » a déclaré Erwin van der Borght, directeur régional pour l’Asie et le Pacifique à Amnesty International.

     Or, tous ces changements et le renforcement de la chape de plomb, et donc de la mainmise de Pékin sur Hong-Kong ont bouleversé le régime et fait violemment réagir le peuple. 

Caricature de “Financial Times”

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Un peuple révolté, inventif et mobilisé

En opposition à ces textes de loi, des manifestations ont lieu, au risque de se faire emprisonner, ou pire. Malgré la peur, cela n’empêche pas les manifestants de défier les autorités en défilant dans les rues pour garder leur liberté et lutter contre le projet d’extradition progressive vers la Chine

Tout cela a débuté le 1 juillet 1997 lors de la rétrocession de Hong-Kong de la Grande Bretagne à la Chine. Il n’y avait certes pas eu de mouvement, mais l’inquiétude était déjà présente du côté des démocrates, des occidentaux et du peuple Hong-Kongais, et cela a déclenché une réaction en chaîne qui est toujours effective en ce moment même. Joshua Wong, un célèbre étudiant et militant pro démocratie témoignait alors « ce qu’il se passe en ce moment, c’est une répression de Pékin à Hong Kong. Et peut-être même que le fait de faire cette interview pourrait mener à mon arrestation. »

Manifestations en 2007

Dix ans plus tard, en résonance à la récession ont lieu des festivités. Or cela tourne en une crise politique, mobilisant 500 000 personnes contre l’adoption d’une loi anti-subversion contre le gouvernement central chinois, connu sous le nom d’article 23, qui constitue le début de la chape de plomb. Ils se mobilisent aussi contre les membres du gouvernement chinois, notamment Tung Chee-hwa, le chef de l’exécutif très critiqué pour sa mauvaise gestion du territoire. Les responsables du mouvement pro démocratie réclament son départ, mais aussi que le chef de l’exécutif et tous les députés du Parlement local soient élus au suffrage universel direct.

“Le principe ‘un pays, deux systèmes’ n’existera peut-être plus, souffle-t-elle, fataliste. Hong Kong deviendra une ville à part entière de la Chine et disparaîtra. Et notre identité avec.

Ivy Lai, une Hongkongaise

Mouvement parapluie 2014

De septembre à décembre 2014, a eu lieu une manifestation très connue, dont l’initiative était étudiante, « le mouvement des parapluies ». La fronde démocratique se renforce contre le projet de Pékin de choisir les candidats à l’élection du chef de l’exécutif en 2017. Un référendum officieux organisé en juin 2014 sur le sujet a mobilisé près de 800 000 Hongkongais. Le mouvement organise le blocage du quartier d’affaires et de grandes mobilisations, ce qui fait monter progressivement la tension entre les manifestants et les forces de l’ordre. Pour se protéger des gaz lacrymogènes, les manifestants s’arment de parapluies, donnant le nom à leur mouvement. Pékin, lui, n’intervient pas et laisse les manifestations s’envenimer, en ne cédant rien même face aux nombreuses revendications. Puis, la « disparition » l’année suivante de cinq libraires hongkongais, connus pour vendre des ouvrages critiques sur le Parti communiste chinois, réapparus ensuite en Chine, a renforcé le sentiment d’une mainmise croissante de Pékin sur le territoire. Jimmy Lay, par exemple, un militant hongkongais fut arrêté pour les positions anti-Pékin de son journal « Apple Daily ».

Mouvement des parapluies

Depuis 2012, Joshua Wong, le célèbre militant, se bat contre l’influence grandissante de Pékin sur Hong-Kong. Joshua s’est donc fait arrêter une première fois le 27 septembre 2014, puis à nouveau en 2014, une autre fois en janvier 2015 puis en août 2015. Il n’est pas le seul à se rebeller contre la pression de Pékin sur leur territoire, ni même le seul à se faire arrêter.

En juin 2019, une protestation historique luttant contre un projet de loi autorisant des extraditions vers la Chine continentale se met en place. Le 9 juin, cette protestation mobilise plus de 1 million de personnes, sur une population totale de 7 millions, ce qui bat le record de 2003. Puis, alors que le projet n’est que suspendu, le nombre de manifestants double et 2 millions de personnes défilent alors dans les rues. Si le gouvernement finit par céder et retirer la loi, cela ne suffit pas à éteindre l’incendie qui ne va cesser de s’aggraver jusqu’à la fin de l’année. S’ajoutant à ça l’occupation de sites comme le Parlement, l’aéroport, et en fin d’année un campus de l’Université polytechnique, et aussi des violences quasi quotidiennes entre manifestants et forces de l’ordre. 

Même si les manifestations perdent progressivement en intensité en fin d’année, la défiance des Hong-Kongais envers Pékin ne s’est pas apaisée et fin novembre, le camp pro-démocrate parvient ainsi à tripler son nombre de sièges lors des élections locales. Quant au plan économique, les dégâts sont sévères, le territoire entre officiellement en récession, une première depuis la crise de 2008.

La dernière manifestation importante en date était il y a 3 ans, en mai 2020. Alors que le Covid-19 avait endormi le mouvement de contestation, il surgit à nouveau le 22 mai lorsqu’un projet de loi est déposé à l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire à Pékin. Ce texte prévoit une avancée considérable dans le contrôle exercé par la Chine sur Hong-Kong qui pourra désormais « si nécessaire » y établir des antennes. Le régime communiste espère ainsi enfin mettre au pas la région sans passer par le parlement hongkongais.

Manifester au temps de la Covid

Mais ce texte n’a pas plus à tout le monde, et les Hongkongais sont sortis dans les rues, maintenant protégés par leurs masques chirurgicaux. C’est pourquoi, début septembre 2020, près de 300 personnes ont été arrêtées par la police hongkongaise. Des tensions se créent aussi avec Washington, qui décident d’arrêter sa relation privilégiée avec le territoire, une décision qui pourrait menacer l’avenir de la place financière hongkongaise.

Manifestations de 2020 – confrontation entre manifestants et policiers

Les policiers, en réponse à ces nombreuses manifestations, attaquent les manifestants hongkongais de façon violente et ils leur envoient des bombes lacrymogènes pour les faire fuir, ils utilisent aussi de nouvelles technologies afin de lutter, comme des caméras de reconnaissance faciale pour retrouver les manifestants plus facilement . Face aux menaces des forces de l’ordre, les manifestants ont été contraints d’élaborer de nouvelles méthodes afin de se révolter et d’éviter les violences policières. 

Lasers utilisés par les manifestants contres les forces de l’ordre

Pour se protéger face aux bombes lacrymogènes, les manifestants utilisent des parapluies (ce qui a donné son nom au mouvement des parapluies) ou des masques à gaz, et pour les éteindre, ils aspergent de l’eau au-dessus ou mettent des plots par dessus pour éviter une propagation plus importante de la fumée. Pour brouiller la vue des policiers, les hongkongais utilisent aussi un élément de nouvelle technologie, le stylet laser, qui est devenu le symbole des manifestants.

  « le peuple de Hong Kong a très peur et est effrayé par le gouvernement. La plupart d’entre nous protestons de façon pacifique. Mais il y a une propagande dans l’occident, de la part du Parti communiste chinois et des médias chinois. Ils donnent de fausses informations, et disent que nous créons des émeutes et que nous détruisons tout. Ce n’est pas acceptable et ce n’est pas la vérité. Nous ne sommes pas violents, nous demandons juste la paix et la liberté! »

James, Hong Kongais

Cette loi d’extradition est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. D’ailleurs, comme l’affirme Jean-Vincent Brisset, un chercheur, “les autorités chinoises ont découvert que ce mouvement de grande ampleur allait beaucoup plus loin que ce qu’elles pensaient. Si la révolution des parapluies de 2014 impliquait essentiellement les étudiants, cette fois-ci, la majorité de la population se sent concernée“. Le chercheur fait d’ailleurs un parallèle saisissant avec la situation en France : “Imaginez qu’en France, environ 9 millions de manifestants composent les gilets jaunes ! Tout le monde serait dehors.” Un phénomène auquel Pékin sait qu’il est impossible de répondre par la répression comme en 2014.

“Pas d’extradition vers la Chine, pas de loi maléfique !”

Participants à la manifestation de 2019
Caricature par rapport à la loi d’extradition

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Comme on peut le voir, les tensions sont encore aujourd’hui très fortes entre ces deux territoires. Mais malgré de nombreuses arrestations à chaque manifestation, et la peur des habitants et des manifestants, les Hongkongais continuent de descendre dans les rues, tout en sacrifiant leur vie, afin de montrer aux gens du monde entier, qu’ils vivent et qu’ils se battent pour défendre leur modèle démocratique face à la répression chinoise

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Lilie et Hiba

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Sources principales:

Vidéo manifestants: https://youtu.be/wqg6L-9O0c4

Vidéo explicative : https://youtu.be/nYJuFwkOGPY

Méthodes innovantes: https://youtu.be/gE9JPx4jfJA

La crise en 5 dates : https://www.lesechos.fr/monde/chine/hong-kong-comprendre-la-crise-en-5-dates-1208556

Une transition démocratique confisquée (article Courrier Internationale) : https://www.courrierinternational.com/article/2014/09/11/une-transition-democratique-confisquee

Rétrocession de Hong Kong à la Chine (wikipédia) : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9trocession_de_Hong_Kong_%C3%A0_la_Chine

“Un pays, deux systèmes”: le statut spécial de Hong Kong (Le Point) : https://www.lepoint.fr/monde/un-pays-deux-systemes-le-statut-special-de-hong-kong-04-07-2019-2322723_24.php