
Sofia Amara, BurlaVita, CC BY-SA 4.0
Née le 25 mai 1968 à Casablanca, Sofia Amara est une journaliste franco-marocaine, grand reporter et réalisatrice, spécialisée dans le Proche-Orient.
Diplômée en sciences politiques de l’université de Jordanie puis de Sciences Po, elle commence sa carrière en 1986 comme correspondante au Proche-Orient. Elle couvre alors des événements majeurs tels que la première Intifada palestinienne, l’invasion du Koweït par l’Irak et le retour de Yasser Arafat à Gaza.
Au fil des années, elle collabore avec de nombreux médias internationaux : RMC Moyen-Orient, France 24, Arte, Canal+ ou l’Agence Capa. Son travail se caractérise par le terrain, l’immersion et le suivi des populations sur le long terme.
En 2017, Sofia Amara a réalisé Les enfants perdus du califat, reportage diffusé dans l’émission Envoyé Spécial sur France 2 le 12 mai 2017. Il s’agit d’une enquête sur l’embrigadement des enfants par l’organisation islamiste Daech, et explore les conséquences humaines de cette instrumentalisation. Ce reportage a reçu le Prix AMADE 2018 au Festival de télévision de Monte-Carlo.
Le documentaire s’ouvre sur des images frappantes : de petites filles issues de minorités vendues ou échangées comme esclaves sexuelles, et de jeunes garçons embrigadés de force pour devenir des soldats impitoyables, mis en scène dans des vidéos de propagande. Depuis 2014, Daech mène une politique systématique d’embrigadement des enfants, les transformant en une génération de jeunes djihadistes.
En Irak, Sofia Amara a rencontré certains de ces enfants sortis de l’enfer de l’embrigadement. Ils racontent leur quotidien de jeunes combattants enrôlés de force, traumatisés par la violence des actes qu’ils ont commis. Le documentaire montre également le travail des réseaux organisés pour sauver ces enfants prisonniers et tenter de les réinsérer dans la société.
À travers ce documentaire, Sofia Amara illustre que la guerre ne se limite pas aux combats : elle laisse des traces profondes et durables sur les plus jeunes. Ces témoignages bouleversants révèlent l’ampleur de la violence subie, mais aussi les efforts de reconstruction humaine et sociale nécessaires pour redonner espoir à une génération traumatisée.
Syrie, à l’épreuve du pouvoir : suivre la reconstruction
En 2025, Sofia Amara réalise pour Arte un documentaire de 58 minutes, Syrie à l’épreuve du pouvoir, diffusé en avril 2025, consacré au premiers pas du nouveau régime mis en place à la chute du dictateur Bachar el-Assad. Présente en Syrie dès le début de la répression menée par Bachar el-Assad contre les manifestants pro-démocratie en 2011, elle a documenté l’évolution du conflit sur la durée. Dans un podcast diffusé sur France Info le 21 avril 2025, elle revient sur son retour à Damas après la chute du régime. Elle confie :
« C’est très frustrant quand vous couvrez une guerre et que vous rapportez les souffrances d’une population pendant tant d’années et que vous constatez que cela ne change rien. » Elle précise également : « Je ne dis pas que nous, journalistes, sommes des activistes. »
Ces paroles montrent la complexité de sa position : rester journaliste, garder une distance professionnelle, tout en étant confrontée humainement à la souffrance des populations. Revenir en Syrie au moment de la chute du régime, c’est pour elle « boucler la boucle ».
Le documentaire s’ouvre sur la nuit du 8 septembre 2024 à Damas : « Bachar est tombé, la Syrie est libre. » Pourtant, comme le souligne un article de Télérama du 22 avril 2025, Sofia Amara ne se contente pas de filmer l’euphorie.
Elle met en perspective l’arrivée du nouveau président, interroge son passé djihadiste et analyse les tensions internes du pays. Surtout, elle donne la parole aux familles des disparus. Elle se rend dans les prisons, les morgues et les fosses communes, accompagnant notamment une enseignante à la recherche de son frère disparu depuis quatorze ans. À travers ces témoignages, elle montre que renverser un régime ne suffit pas à faire la paix. La fin d’une dictature ne met pas fin aux blessures laissées par la guerre.
Sofia Amara s’intéresse aux moments où l’Histoire bascule, mais surtout à ceux qui en subissent les conséquences. Qu’il s’agisse de prisonniers disparus, de familles endeuillées ou d’enfants nés au cœur du terrorisme, elle cherche à comprendre ce qu’il reste après la violence. Son travail ne se limite pas à filmer la chute d’un régime ou la fin d’un affrontement : il interroge ce qui vient ensuite, la mémoire, la justice, la reconstruction, et la difficulté de tourner la page lorsque les blessures sont encore ouvertes.
La Syrie, après des années de conflits, continue de se reconstruire, mais la route reste longue pour les habitants de Raqqa et pour toutes les communautés touchées par la violence. Les témoignages des survivants et les enquêtes de journalistes comme Sofia Amara permettent de rendre visible ce que le monde voit trop peu : la résilience des civils, la souffrance des enfants, et les efforts pour ramener un peu de paix et de normalité dans un pays meurtri. À travers ces récits, on comprend que faire la guerre laisse des cicatrices profondes, mais que raconter ces histoires contribue, à sa manière, à faire la paix.
Sara BOUNI
